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Bataille contre le virus

Un an avec le Covid

Un an de Covid-19. Pour certains patients, le virus n’est qu’un vieux souvenir. Pour d’autres en revanche, il s’éternise sous la forme longue de la maladie. C’est notamment le cas pour Corinne Baudet, qui vient de souffler sa première bougie en compagnie du virus. 

Corinne Baudet

Text und Fotos FRANÇOISE TSCHANZ

Un an de Covid-19. Pour certains patients, le virus n’est qu’un vieux souvenir. Pour d’autres en revanche, il s’éternise sous la forme longue de la maladie. C’est notamment le cas pour Corinne Baudet, qui vient de souffler sa première bougie en compagnie du virus.

Corinne Baudet remontait gentiment la pente. Pourtant, la semaine dernière, elle a bien malgré elle renoué avec la fièvre, la toux… «Je me suis tapé un retour en arrière assez costaud», a-t-elle d’ailleurs écrit dimanche 17 octobre sur sa page Facebook qui accueille son «journal» depuis une année. «Je ne sais pas si c’est mon pote Covid qui a invité un de ses amis ou si c’est lui tout seul qui a provoqué ça, mais je me suis fait un genre de revival d’il y a une année. En moins fort quand-même.»

Le 1er novembre 2020, elle écrivait sur le même réseau social: «Comme certains le savent déjà, j’ai un virus à la mode depuis deux semaines.» Corinne Baudet ajoutait alors qu’au bout de deux semaines certains symptômes avaient disparu, mais que la fièvre, la toux et l’essoufflement persistaient. La Genevoise n’était alors qu’au début de son expérience. Rien ne prédisposait pourtant cette jeune femme à être pareillement affectée.

Covid Long: Corinne Baudet est une battante.

Covid Long: Corinne Baudet est une battante.

En santé, sportive, elle a vu sa vie chamboulée en quelques jours. Alors qu’elle pensait au début s’en sortir aussi vite que d’une grippe, elle a été confrontée à l’isolement, coupée de son compagnon et de son fils, sans pouvoir faire grand-chose tant sa fatigue était grande.

Une limite insaisissable
Les multiples examens médicaux chez sa spécialiste ne montrent rien d’anormal, le cœur et les poumons fonctionnent parfaitement. Face à de tels résultats, difficile pour les médecins de proposer un traitement. Contrairement à d’autres patients, qui se sont fait dire que «c’est dans la tête», elle s’est début décembre vue annoncer par son médecin traitant qu’elle souffre d’un Covid long. Ses symptômes et sa souffrance n’ont jamais été remis en question. Encore moins par sa doctoresse des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), qui voit défiler des cas comparables à longueur de journée. 

Faute de réels progrès, Corinne Baudet a pris son mal en patience, se reposant beaucoup, marchant un peu, d’un banc à l’autre. Les groupes dédiés sur FB permettent d’échanger sur les états de chacune des victimes du coronavirus, de se donner des trucs pour vivre le moins mal possible cette période. 

Au printemps, après six mois de maladie, elle écrivait pouvoir marcher environ une heure, à condition de faire des pauses toutes les 20 minutes environ: «Parfois je m’arrête parce que mon cœur a envie de sortir pour contempler le paysage, ou des fois c’est parce que je ne sens plus mes pieds. »  

«On ne sait pas où est la limite», confiait-elle ensuite au mois de juin. Sur le chemin de la convalescence, elle faisait état de ses progrès, se souvenant des pires moments, mais également de très touchants échanges. Son ami et elle étaient par exemple convenus de ne pas annoncer à leur fils son retour à la maison après son isolement«Je m’étais cachée dans sa chambre et, le moment venu, je lui ai dit bonjour. Il a crié, et nous avons ri pendant au moins dix minutes», se souvient-elle avec émotion.

Évolution non linéaire
Lors d’une rencontre à Perly, chez elle, elle semblait en forme, marchant sans s’essouffler, se réjouissant de l’été, puis de la rentrée scolaire, qui lui permettrait de retrouver des élèves à temps partiel. «L’évolution n’est pas linéaire», expliquait-elle pourtant. Des siestes, de l’autohypnose scandent encore ses journées. Mais la vie sociale reprend. Elle n’a pas encore pu reprendre les répétitions de la société de théâtre qu’elle préside, mais gère depuis son canapé: «C’est fou ce qu’on peut faire, depuis un canapé. » 

Corinne Baudet s’engage. Non seulement pour regrimper la pente, mais pour faire connaître la maladie dont elle souffre. Elle est allée jusqu’à écrire à Alain Berset. Elle est apparue sur les chaînes de télévision Léman Bleu et RTS. Si elle accepte de témoigner, elle le fait pour que les gens se rendent compte que le Covid n’est pas une «grippette». 

Et puis, elle tenait il y a quelques mois des propos encore d’actualité aujourd’hui, disant avoir un peu de mal avec les gens qui considèrent qu’on restreint leurs libertés de manière dictatoriale: «Je pense qu’ils n’arrivent pas à comprendre que c’est justement parce qu’on prend des mesures sanitaires qu’on va pouvoir retrouver notre liberté, revivre comme avant et pouvoir enfin faire la bise à Tata Hortense, qui pique. Oui, aller au resto et à des concerts, aussi.» 

Corinne Baudet est une battante. Avec humour, elle parle davantage de ses plantes vertes que des symptômes encore présents. Ce qu’elle en retire, de cette expérience? «Un renforcement de ma philosophie positiviste. »

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